Recuerdo

Tango canción de 1924.


   

 

 

 

 

 

 

 

     Le célèbre Recuerdo est l'un des premiers tangos composés par le jeune Osvaldo Pugliese, à 18 ans, mais publié sous le nom de son père, Adolfo.

 

     Concernant la composition musicale de ce tango, on rapporte souvent le propos de Julio de Caro, qui déclarait :

     "Recuerdo a marqué une voie [nouvelle] dans la composition du Tango. Il implique une conception moderne dans sa structure harmonique, dans le développement inattendu de sa ligne mélodique, dans la couleur de ses sons, dans la pertinence des changements de tonalités (modulations), dans ses arpèges bien venus, dans l'originalité de sa variation. Un des chefs-d'œuvre de notre Tango qui durera toujours."

 

     Dans la rubrique El tango “Recuerdo”, un secreto de familia du site TodoTango, Ricardo García Blaya ajoute pour sa part :

     "Le tango Recuerdo est né à une époque où le genre a grandi et évoluait en permanence, où l'inspiration des compositeurs semblait infinie, de sorte qu'aujourd'hui il serait difficile de choisir un moment "charnière", une étape à partir de laquelle on pourrait dire qu’il y a un avant et un après de telle ou telle œuvre.

[...]

     Recuerdo est un [...] moment décisif dans le développement de la création du Tango. Pour beaucoup, c'est le meilleur tango qui ait jamais été, non seulement pour ses charmes esthétiques, mais aussi parce qu'il a ouvert de nouvelles perspectives dans la composition."


 

     A la suite de Julio De Caroen 1926, ce tango a été abondamment enregistré jusqu'à nos jours. On peut ainsi citer les enregistrements de : 


  • la Orquesta Típica Víctor, avec, au chant, Rosita Montemar, en 1926 (ou 1927) ;
  • Eduardo Bianco, Bachicha, en 1928 ;
  • la Orquesta Típica Víctor, avec Roberto Díaz, en 1930 ;
  • Eduardo Bianco, Bachicha, en 1938 ;
  • Francisco Lomuto, en 1941 ;
  • Aníbal Troilo, en 1942 ;
  • Ricardo Tanturi, en 1942 ;
  • Osvaldo Pugliese, en 1944 ;
  • Domingo Federico, en 1948 ;
  • Horacio Salgán, en 1950 ;
  • Julio De Caro, en 1952 ;
  • Cristóbal Herreros, avec Rodolfo Diaz, en 1953 ;
  • Armando Pontier, date vraisemblablement postérieure à 1955 ;
  • Fulvio Salamanca, avec Armando Guerrico et Luis Correa, en 1959 ;
  • Los siete del tango, en 1965 ;
  • Osvaldo Pugliese, avec Jorge Maciel, en 1966 ;
  • Aníbal Troilo, en 1967 ;
  • Ernesto Baffa, Osvaldo Berlingieri, vers 1969 ;
  • Rubén Juárez l'a chanté dans les années 1970 ;
  • Hugo Díaz, en 1972 ;
  • Horacio Salgán, en 1981 ;
  • Sexteto Mayor, également en 1981 ;
  • Orquesta Típica Decareana, direction Osvaldo Requena, en 1983 ;
  • Osvaldo Pugliese, en 1985, au Teatro Cólon de Buenos Aires ;
  • Osvaldo Pugliese, en 1989, avec Astor Piazzolla, enfin réunis au Royal Carre Theatre d’Amsterdam ;
  • Juanjo Domínguez, dans les années 2000 ;
  • Orquesta El Arranque, entre 2002 et 2008 ;
  • Color Tangoentre 1996 et 2009 ? ;
  • l'Ensemble Hypérion, en 2009.

 

     Notons que Jorge Osvaldo Caldaggiero, grand connaisseur de l'oeuvre et de la discographie de Pugliese, signale encore une interprétation de Recuerdo par le Maestro en 1979.


 

     A ce tango, conçu initialement comme instrumental, Eduardo Moreno, d'un an le cadet de Pugliese, a ajouté des paroles, assez maladroites (l'excuse de la jeunesse !), au demeurant plutôt touchantes. Osvaldo ne s'y est pas opposé...

 

     Voici le premier texte écrit par Eduardo Moreno quelques mois après sa composition (texte trouvé sur le site HermanoTango). C'est la version enregistrée par Rosita Montemar avec la Típica Víctor en 1926 (ou 1927). C'est de cette version que Denise Anne Clavilier donne une traduction en français dans son ouvrage Barrio de Tango (Editions du Jasmin - page 61). Celle que nous proposons ci-dessous est assez voisine.

 

Recuerdo

 

Ayer cantaron los poetas

Y lloraron las orquestas,

En las suaves noches del ambiente del placer,

Donde la bohemia y la frágil juventud,

Aprisionadas a un encanto de mujer,

Se marchitaron en el bar del barrio sud,

Muriendo de ilusión

Muriendo su canción.

 

Mujer…

De mi poema mejor.

Mujer…

Yo nunca tuve un amor.

Perdón…

Si eres mi gloria ideal

Perdón…

Serás mi verso inicial.

 

Y la voz en el bar para siempre apagó,

 

Su motivo sin par nunca más se oyó.

 

Embriagada Mimí que llegó de París,

Siguiendo tus pasos la gloria se fue

De aquellos muchachos del viejo café.

 

Quedó su nombre grabado

Por la mano del pasado,

En la vieja mesa del café del barrio sud,

 

Donde anoche mismo una sombra de ayer,

Por el recuerdo de su frágil juventud

Y por la culpa de un olvido de mujer,

Durmióse sin querer

En el café-concert.

Souvenir

 

Hier ils ont chanté, les poètes ;

ils ont pleuré, les orchestres

dans les nuits douces où régnait le plaisir,

 

où la bohème et la fragile jeunesse

prises au piège du charme d’une femme

se sont fanées dans le bar du quartier sud ;

elles se mouraient d'illusion ;

et se mourait leur chanson.

 

Femme...

de mon meilleur poème.

Femme...

je n'ai jamais eu d’amour.

Pardon...

puisque tu es mon rêve de bonheur 

Pardon...,

tu seras mon premier vers.

 

Et la voix dans le bar s’est éteinte pour toujours,

on n'a plus jamais été entendu sa mélodie sans pareille.

Mimi grisée, arrivée de Paris,

en suivant tes pas, le bonheur a quitté

ces gars du vieux café.

 

Il est resté son nom gravé

par la main du passé

sur la vieille table du café du quartier sud (*)

où, la nuit même, une ombre d’hier,

 

par le souvenir de sa fragile jeunesse 

et par la faute de l’oubli d’une femme,

s’est endormie sans le vouloir

au Café Concert.

 

(*) Comment ne pas penser au "Bal chez Temporel", mis en musique et chanté par Guy Béart  quelque 30 ans plus tard Le texte du Bal chez Temporel est adapté du poème "Le Tremblay" d’André Hardellet (1911-1974in "La Cité Montgol" (Ed. Gallimard 1952).


   


     Voici d'abord l'enregistrement "historique" de Rosita Montemar :



     Par la suite, ce premier texte d'Eduardo Moreno a subi quelques modifications.  Ainsi, les paroles chantées par Jorge Maciel en 1966 (données sur le site Hermano Tango) en diffèrent quelque peu. Outre quelques variantes mineures, le dernier couplet est remplacé en totalité.

 

 

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Recuerdo

 

Ayer, cantaron poetas y lloraron las orquestas

En las suaves noches de romántico querer,

Cuando la bohemia de la frágil juventud

Aprisionada en un encanto de mujer,

Quebró los sueños en el bar del barrio sur.

Muriendo su canción,

Quemando al ilusión

De su dulce amor...

 

Mujer...

De mi poema mejor.

Mujer...

Yo nunca tuve un amor.

Perdón...

Si eres mi gloria ideal.

Perdón...

Serás mi verso inicial.

 

Y la voz en el bar, para siempre apagó

 

El motivo sin par, que al amor cantó,

 

Rubia y dulce Mimí, que soñando en París

Llevara en sus pasos la gloria que fue

De aquellos muchachos del viejo café...

 

Te busqué por el mar y jamás te encontré

 

El cielo y yo y un sueño azul

Que se durmió en una estrella.

Si he rodado por los bares

De otros mundos misteriosos,

Buscando aquel milagroso

Perfume de la ilusión.

 

Quién cerró en el recuerdo

Tu cofre de amor…

Souvenir

 

Hier ils ont chanté, les poètes et pleuré les orchestres

en ces nuits douces d’amour sentimental,

 

lorsque la bohème de la fragile jeunesse

prise au piège du charme d'une femme,

a brisé les rêves dans le bar du quartier sud

elle se mourait sa chanson

elle se brûlait à l'illusion

de son doux amour …

 

Femme...

de mon meilleur poème.

Femme...

je n'ai jamais eu d’amour.

Pardon...

puisque tu es mon rêve de bonheur 

Pardon...,

tu seras mon premier vers.

 

Et la voix dans le bar s’est éteinte pour toujours

cette mélodie sans pareille qui a chanté l'amour,

blonde et douce Mimi, qui rêvant à Paris,

 

emportera avec elle le bonheur passé

de ces gars du vieux café.

 

Je t’ai cherchée par les mers et je ne t’ai jamais trouvée,

le ciel, moi et un rêve bleu

qui s’est endormi dans une étoile.

Car j’ai erré dans les bars

d’autres mystérieux pays,

à la recherche de ce miraculeux

parfum de l'illusion.

 

Qui a-t-il enfermé dans le souvenir

ton coffre au trésor d'amour…





     Sur le site Hermano Tango, on trouve un troisième texte, également d'Eduardo Moreno (?), mais très différent, daté de 1927 :


Campanita! Campanita! 

No me recordés la cita! 
Si ya se ha perdido todo

Todo el santo amor,
Que nació la mañana

Que puse mi fe.
Sentí, como si fueras sagrada canción 

 

Pero sin yo quererlo me engañé,
Campanita, sí, 
Cuando te hablé así: 

Deja 
Tu campanazo habitual.
Llora 
Si conoces ya mi mal. 
¿Sabes? 
Que mi sentido cantar,
Se fue 
Porque no puedo llorar.


Campanita de ayer
Campanita del sol,
Tú me diste un querer 
Lleno de arrebol. 
Mi pasión se extinguió,
Mi cariño murió,
De negro se viste
Campana del Bien,
Tu historia es muy triste 
¡La mía, también!

Clochette ! Clochette !

Ne me rappelle pas le rendez-vous !

S’il s’est déjà tout à fait perdu

tout cet amour sacré,

qui est né le matin

où j’ai engagé ma foi.

Je me suis senti comme si tu étais un chant sacré

mais sans le vouloir, je me suis trompé,

mais oui, clochette,

quand je t’ai dit ces mots :

 

Cesse

ton tintement habituel.

Pleure

si tu connais déjà mon mal.

Le sais-tu ?

Mon chant sincère

s’en est allé ;

car je ne peux pas pleurer.

 

Clochette d’hier

clochette du soleil,

tu m’as donné un amour

aux rougeoyantes lueurs.

Ma passion s’est éteinte,

mon amour est mort,

il s’est vêtu de noir,

cloche du Bien,

ton histoire est bien triste.

La mienne aussi !


 

     On écoutera enfin la magnifique - et combien émouvante ! - interprétation donnée par le vieux maestro lors du concert historique du 26 décembre 1985 au Teatro Colón de Buenos Aires.

 

 

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